Le renard, le loup et le pou

IMG_8126Petite Gavotte : Maman, il est mort ton papa ?

Moi : Oui ma biche, il est mort.

Petite Gavotte : Oh, c’est triste, hein, qu’il soit mort Papy Jean ?

Moi : Ben oui, moi je suis bien triste.

Petite Gavotte : Il a été mangé par le renard, Papy Jean ?

Moi (riant) : Mais non mon coeur, il n’a pas été mangé par le renard. Les renards, ça mange les gens que dans les livres.

Petite Gavotte (affirmative) : Il a été mangé par le loup alors.

Moi : Non ma puce, il est mort parce qu’il était très malade et très fatigué. Les loups, ça ne mange pas les hommes ma puce.

Petite Gavotte : Ah oui, d’accord.

Lors du repas suivant, je raconte l’histoire aux deux grands, morts de rire, qui rebondissent sur le sujet.

Kouign Amann : Mais maman, il est vraiment mort Papy Jean ?

Moi : Oui mon coeur, il est vraiment mort.

Kouign Amann : Mais, comment ils ont pu savoir qu’il était vraiment mort ?

Moi : Le médecin a regardé si son coeur battait, s’il respirait encore, s’il avait un pouls…

Kouign Amann et Fleur de Sel : UN POU ????????

Nouveau fou-rire familial.

MMM et moi avons pris le parti de dire les chose VRAIMENT à nos enfants concernant la mort. En utilisant les bons mots. Depuis toujours, ou plutôt depuis le décès de Madame Perle et le conseil de la psy de la crèche : « ne dites pas que Tata est partie, dites qu’elle est morte parce que sinon, que va penser votre fils quand vous allez lui dire « je pars », même pour quelques minutes ? ». BIM.

Dire les choses vraiment sans avoir peur de leur faire mal est, selon nous, un vrai cadeau à leur faire. On explique avec des mots qu’ils peuvent appréhender, on répond aux questions du mieux que l’on peut. On ne jette pas un voile pour les protéger parce qu’on estime qu’ils ont besoin à leur manière de faire leur deuil, de comprendre pourquoi nous, on ne va pas forcément bien. Par exemple, ils ont tous les trois assisté à l’enterrement de ma mamie chérie il y a un an et demi. Certains peuvent penser que ce n’est pas la place d’enfants, je respecte cette idée mais pour nous, marcher main dans la main dans les épreuves est une marque de confiance et de force que l’on s’offre réciproquement. L’idée du cercueil a beaucoup travaillé Fleur de Sel alors on en a discuté autant qu’il le fallait chacun avec nos idées et nos convictions, lui proposant de faire son propre chemin à elle.

Avec MMM, on se disait que ces dernières années, nous avions plus fréquenté les enterrements que les mariages (les copains pas encore mariés, please, faites un geste…). La mort toque régulièrement autour de nous, elle fait partie de nos vies et de fait, de celles de nos enfants.

Alors on s’accorde le droit de rire aussi de la mort parce que la mystifier et en parler en sourdine lui laisse l’occasion de rôder. On rassure mais on ne surprotège pas. On garde le meilleur de ceux qui sont partis et on continue vaille que vaille en sachant que personne n’est éternel mais que nous n’avons pas besoin d’y penser tous les jours et qu’il vaut mieux jouir de la vie et de ce qu’elle offre.

Encore un billet un peu (hum) décousu. Voilà, je vous avais dit que je reviendrai avec du futile (mais vous savez qu’il ne faut jamais se fier à mes plans pour ce blog, pas vrai ?), ça sera pour la prochaine fois du coup !

PS : la psy de Notre Fleur de Sel conseille aux enfants qui ont des angoisses par rapport à la mort de regarder Le Roi Lion, je passe le message si cela peut aider…

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71 réflexions au sujet de « Le renard, le loup et le pou »

  1. 51
    Charlène says:

    Jusqu’ici (et je touche du bois) nous n’avons pas vraiment été confronté à la mort de personnes proches. Mais mon fils de 3ans et demi commence à me poser des questions quand il voit des personnages mourir dans les dessins animés (c’est d’ailleurs dingue le nombre de décès dans les films d’animation!), il n’a pas trop compris la mort de Mufasa dans le roi Lion, mais la mort du père d’Arlo dans le dessin animé du même nom qu’il a vu récemment a déclenché des questionnements.
    Je pense que tu as raison, il est important pour les enfants que les choses soient vraiment dites, de la bonne façon c’est sûr pour que ce soit à leur portée, mais c’est bien qu’il n’y ait pas de flou dans le deuil.
    Merci pour cet article 🙂

  2. 52
    Lalooo Pacotille says:

    Bonjour Marjolie,
    Tout d’abord, toutes mes condoléances pour la perte de ton papa.
    Tu as eu une bonne réaction avec les enfants. Nous n’osons pas toujours dire les choses avec les bons mots aux enfants pour les protèger. Et pour nous protèger aussi. Le jour où j’ai prononcé le mot « morte » en parlant de ma maman à mon fils (3 ans à l’époque), j’ai compris que si je n’arrivais pas à lui dire, c’était parce que je ne pouvais pas admettre la vérité.
    J’ai perdu mon père avant la naissance de mes fils. Ma maman et mon frère sont morts dans un incendie quand mon premier avait presque 3 ans. Je suis tombée enceinte peu de temps après pour continuer à vivre.
    Comment expliquer à un bébé qu’on a déposé mamie chez elle le lundi soir et que le lendemain, tout est fini?
    Pourtant, les enfants sont plus forts que nous pour ces choses.
    Même si on met les mots (et les bons mots), ils n’appréhendent pas les choses comme nous. Cela s’est passé voilà 2 ans et, par période, mon fils réclame sa mamie. Puis, la vie reprend le dessus. Je le laisse s’exprimer, dire sa souffrance. J’ai posé une petite boîte en cœur près d’une photo de ma maman pour qu’il puisse continuer à lui faire des dessins. J’ai mis une photo d’elle dans sa chambre pour qu’il continue à la voir.
    Voilà, mon message est un peu abrupt et sûrement décousu (pardon) mais je voulais juste te dire qu’un deuil prend beaucoup de temps. Pour les enfants comme pour nous.
    Et, je pense à toi, Marjolie. C’est dur de perdre un parent. C’est perdre un peu ses repères et ne plus jamais être comme avant. Il faut accepter. Et, c’est long. Bref, si je n’ai qu’un conseil à te donner, c’est donne toi le droit d’être triste. Donne toi le droit d’être en colère. Et, surtout, donne toi le droit d’être heureuse et de rire encore. Et, accepte que ces états se succèdent, se chevauchent parfois et durent (oui, j’ai le droit de souffrir même 2 ans après).
    De tout cœur avec toi…

  3. 53
    Nadja says:

    Bravo et courage

  4. 54
    Ysaline says:

    Bonjour,

    BRAVO ! car vous avez été parfaite dans vos démarches d’accompagnement de vos enfants.
    Oui, il faut avoir le courage de dire la vérité sur la mort aux enfants afin d’éviter de graves séquelles pour leur vie future. Il ne faut pas hésiter, s’ils le désirent , de leur donner la possibilité de dire « au revoir, adieu » à la personne décédée en lui rendant une dernière visite (si la personne décédée est « bien », si elle ne choquera pas l’enfant) en expliquant auparavant comment est la personne, où elle est, etc…
    Mon grand-père paternel vivait avec ma famille. J’avais 4 ans et demi quand il est décédé. Mes parents nous l’ont montré (à moi et mes frère et sœur, qui avaient 1 et 2 ans de moins que moi) sur son lit (à l’époque, il était resté chez nous, il n’y avait pas de funérarium), dans sa chambre. Aucun de nous n’a été choqué et aucun de nous n’a gardé cette dernière image dans sa mémoire. Je ne me souviens que des bons moments passé avec lui. Mais, je suis persuadée que cette démarche nous a permis de comprendre qu’il était mort (ne pas dire que la personne décédée est partie car, dans ce cas, on attend qu’elle revienne…, les faux espoirs sont terriblement empoisonnants…), que nous ne le reverrions pas sur terre et nous avons pu faire notre « travail de deuil ».
    Lorsque les arrières grand-mères de mes enfants sont décédées, j’ai souhaité que mes enfants les voient. Ils leur ont fait un dessin et sont allés eux-mêmes le déposer à nos défuntes. Ils n’ont absolument pas été choqués. Nous leur avons expliqué qu’on avait l’impression qu’elles dormaient mais qu’elles étaient mortes et qu’ils ne les reverraient plus, chez elles, dans leur maison. Ils ont très bien compris (quel que soit l’âge de l’enfant, il faut expliquer avec des mots simples, NE PAS CACHER LA VÉRITÉ aussi terrible qu’elle puisse être) et, comme moi, parlent de leurs mémés en se remémorant de bons moments passés avec elles.

    Je connais une femme (70 ans) dont l’entourage familial a empêché qu’elle voie son papa décédé. Elle avait 15 ans, elle est dépressive et ressasse sans arrêt cela en disant : « Pourquoi, on m’a empêchée de dire au revoir à mon père ? ». Elle n’arrive pas à faire son deuil.

    Je vous souhaite d’avoir plus d’événements heureux que de décès. J’ai connu cela…

    Bon dimanche !

    Cordialement.

  5. 55
    pelote56 says:

    Marjolaine

    Cela fait plus d’un mois que je veux te laisser un commentaire..
    mais..j’étais comme qui dirait « bloquée »…la perte de ton papa et ton post à ce sujet m’ont énormément touchée..je voulais juste te dire que tu as écrit des mots que j’aurais pu écrire..j’ai moi aussi perdu mon père mais il y a très longtemps…j’aime décidemment beaucoup ta sensibilité et ta manière de « dire » les choses..ce matin j’ai écrit un commentaire sur le blog d’Elisa..et ça m’a rappelé qu’il fallait absolument que je t’écrive…et que je te remercie aussi pour tes partages et ta gentillesse que l’on devine à travers tes mots …
    Belle journée Marjolaine et très bon anniversaire à ton petit grand Kouign Amann!!!

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