Je ne sais pas dessiner alors j’écris

chialer-pour-charlie* La photo qui illustre ce billet est de la talentueuse Eve. Elle dit tout, je trouve, avec cet anagramme.

Aujourd’hui, j’ai pleuré devant mes enfants et je pleure à nouveau en reprenant mon clavier. J’ai dû leur expliquer pourquoi, à mes enfants. Parce que des personnes qui travaillaient pour que l’on vive dans un pays libre, des dessinateurs, des journalistes, des policiers et d’autres personnes qui travaillaient avec elles sont mortes, tuées par des fous. Avec autant de douceur et de sincérité possible, je leur ai dit ces choses difficiles mais je ne voulais pas leur mentir et dire que « non, ne t’inquiète, pas ce n’est pas grave ». Je leur ai dit que c’était grave parce que nous avions a chance de vivre dans un pays où chacun est libre de penser et d’exprimer ses pensées et que des fous voulaient que l’on vive dans la peur mais que justement, il ne fallait pas avoir peur pour ne pas leur donner raison.

J’ai pleuré comme beaucoup de personnes et pour une fois, j’ai amèrement regretté de ne plus travailler au sein d’une équipe. J’aurais aimé pleurer et me révolter avec mes anciens collègues (Ricou, Emmanuelle, Maud, Rich et les autres, j’aurais donné cher pour être avec vous), aller fumer une clope et regarder ma carte de presse n°87918 avec fierté en me jurant d’en être digne, un peu plus que la veille et un peu moins que demain.

Cabu, Wolinski, Charb, Honoré, Tignous, Maris, tous ces noms qui se sont ajoutés les uns aux autres m’ont fait l’effet de pieux enfoncés dans mon coeur d’idéaliste.

J’ai du mal à exprimer mes idées politiques, mes opinions religieuses, mes aspirations démocratiques ici parce que je trouve que cet espace n’est pas le lieu adéquat pour cela. Mais parfois, cela s’impose.

J’ai soutenu Charlie Hebdo pendant l’histoire des caricatures, j’ai pesté contre Val quand Siné a été viré, j’ai grincé des dents devant certains articles mais j’ai toujours été admirative de la liberté incroyable de cette rédaction et de l’humour qui faisait mouche de cette belle bande de trublions.

Aujourd’hui, c’était mercredi alors il a fallu continuer la journée presque comme si de rien n’était. Admirer cinquante fois les lunettes, gérer le déjeuner, la sieste, le goûter, la danse, le judo, les douches, les repas, les dodos. Avec en trame de fond dans mes pensées le sourire de Cabu, les grands yeux de Charb derrière ses lunettes et les couvertures des BD de Wolinski que je feuilletais en cachette de mes parents il y a si longtemps…

Il y a 3 ans, je plantais des arbres et criais ma révolte en silence.

Si je savais dessiner, aujourd’hui, je dessinerais des tonnes de dessins pour exprimer la nausée terrible qui me soulève le coeur depuis ce midi, pour leur rendre hommage avec leurs armes à eux.

Mais je ne sais pas dessiner alors je fais la seule chose que j’ai l’impression de savoir faire : j’écris. Et je pleure aussi, parce que je crois que c’est quelque chose que je fais plutôt bien.

Ce soir, je pense aux victimes, à leurs familles, aux policiers du XIe qui, à une époque, ont été mes chevaliers blancs et je remercie tous ceux qui sont allés manifester dans les rues pour montrer que nous n’avons pas peur.

Je suis Charlie – @jesuischarlie

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64 réflexions au sujet de « Je ne sais pas dessiner alors j’écris »

  1. 51
    Lucile says:

    tu décris très bien ce que j’ai ressenti : un grand choc.

    Merci pour ça.

    Nous sommes tous Charlie

  2. 52
    Tara B. says:

    Un immense choc, une grande douleur, une tristesse ineffable et l’écriture comme seul rempart… Nous sommes effectivement tous Charlie aujourd’hui.
    http://www.legrandbond.fr/2015/01/je-suis-francaise-je-suis-charlie

  3. 53
    Fredouille says:

    Je ne regarde plus les infos depuis que j’ai eu mes deux bouts de chou, j’ai trop peur qu’ils découvrent ce monde dans lequel on vit et surtout je n’en peux plus d’entendre des drames. Quand j’ai récupéré mon aîné à la sortie de l’école, elle m’en a parlé puisque leur maître leurs a expliqué ce qui c’est passé, j’en ai discuté avec elle. C’est là qu’on se rend compte qu’on ne peux pas les protéger indéfiniment.

  4. 54
    Pauline says:

    Des mots très justes qui me font re-pleurer… merci

  5. 55
    Amande says:

    Juste merci… Moi non plus je ne sais pas dessiner, et je n’écris que si on ne me lit pas… Alors merci de mettre des mots sur mes larmes…

  6. 56

    Super article et bel hommage.
    Nous sommes tous Charlie

  7. 57
    Poulette Dodue says:

    Tes mots m’ont touchés
    Je suis Charlie

  8. 58
    venessamaman says:

    La fin d’une semaine lourde. Il ne nous reste juste qu’à regarder devant et à parier sur le meilleur.
    Venessa

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