Marins d’eau douce

bateau-enfantsCet été, alors que nous étions dans le sud-est, mon oncle et ma tante chéris nous ont proposé de faire un petit tour sur leur bateau. Ils sont passionnés de voilier et j’ai de merveilleux souvenirs des croisières en Méditerranée avec eux quand j’avais une vingtaine d’années. Ah, le plaisir de déjeuner au mouillage et de plonger dans une eau bien chaude…

Nous nous réjouissions tous de cette petite escapade et nous avions prévu de partir le matin pour deux heures de navigation, de nous arrêter déjeuner dans un joli mouillage, de nous baigner puis de repartir tranquillement au port.

Pas d’inquiétude particulière : MMM et moi avions déjà navigué avec mon oncle et ma tante, les deux grands étaient des habitués du bateau (merci les stages annuels), rien ne nous faisait peur. Bon, quand même, notre Kouign Amann étant sensible au mal de mer sur les ferries, nous avions acheté de quoi prévenir le mal de mer et nous en avons distribué aux trois enfants la veille, juste au cas où, hein.

C’est donc avec une joie non dissimulée et notre salade sous le bras que nous embarquons sur le joli voilier de Capitaine Tonton et de Tata Toinette. La météo est belle mais il y a peu de vent et un petite houle, pas de quoi effrayer le gang de Bretons que nous sommes.

Bien installés dans le cockpit, nous quittons le port et admirons Capitaine Tonton, Tata Toinette et MMM aux manoeuvres. Tout va bien et les Pin’s sont super sages avec leurs gilets de sauvetage malgré l’excitation. Avec ma Petite Gavotte dans les bras, je jette un regard ému sur mes petits moussaillons. On voit que ce sont des Bretons aguerris à la mer, mes Pin’s.

Après 30 minutes de navigation, je trouve mon Kouign Amann bien palot derrière son bronzage estival. « ça va, ça va » qu’il me dit. Bon, regarde bien l’horizon quand même, hein ?

3 minutes plus tard : « maman, je me sens pas bien ». Kouign Amann est blanc bidet à tendance transparent. « Prends la barre » lui dit Capitaine Tonton. Nous voilà donc avec un enfant de 8 ans et demi à la barre (avec l’aide de son grand tonton, évidemment). Petit à petit, il reprend des couleurs. Le temps qu’il reprenne sa couleur beige (comme disent mes enfants), les filles commencent un concert de : « j’ai maaaaaaal au ventre » – « je vais vomir » – « je me sens pas bien ».

Bon, pas de panique, on sort un sac poubelle au cas où, on s’amuse à regarder la côte. Je déploie des trésors d’imagination : « qui voit le parasol rouge sur la plage ? Qui voit la maison jaune ? Qui voit l’avion là-bas ? ». Un vrai GO du mal de mer. Il faut l’avouer, ça ne fonctionne moyen car les filles sont aussi vertes que lors de leur dernière gastro hivernale mais au moins, elles ne vomissent pas. Kouign Amann tient bon la barre (et tient bon le vent, hisse et ho, Santiano).

Trop occupée à gérer les filles, j’en oublie que j’ai un mari. Mari qui ne parle pas beaucoup.

Ouf, on arrive au mouillage pour le pique-nique ! Enfin non, pas ouf. Aïe. La petite houle de côté fait bouger le bateau de manière très désagréable. Les enfants en sont toujours au même point et je commence à sentir mon estomac qui fait la machine à laver alors que je n’ai jamais eu le mal de mer de ma vie. Pire, MMM est désormais complètement muet, complètement blanc. Alors que je combat mon estomac en sortant le pique-nique et en installant la table, je me rends compte que MMM est accroché à l’arrière du bateau et que, comme on dit de manière poétique : il donne à manger aux poissons…

Je vois dans le regard désolé de mon oncle et ma tante qu’ils se demandent ce que l’on fabrique là. « Ah les Bretons, ça tient pas la mer ».

Une fois la table installée, je commence à nourrir mes Pin’s et j’essaie tant bien que mal d’avaler ma salade. Kouign Amann semble le seul à se sentir enfin bien et il enquille les tartines de grattons de canard comme des M&M’s. Je me dis que s’il est malade au retour, au moins, il aura de quoi vomir. Les filles vont un peu mieux, moi aussi mais notre MMM national est toujours à quelques mètres de nous en train rendre tripes et boyaux. Mon pauvre Breton, chahuté par la Méditerranée… Il décide de se baigner pour enrayer le cercle infernal. Peine perdue, à peine remonte-t-il sur le bateau qu’à nouveau, son estomac se met en position essorage-vidange. Pauvre homme.

Alors que Kouign Amann devise gaiement la bouche pleine de grattons, les filles picorent et je me sens mieux. Les enfants en profitent même pour nourrir les mouettes de nos restes et leur donnent des noms. Ces mômes ne s’ennuient jamais en fait.

A la fin du repas, vu que MMM est toujours occupé à remplir la mer, Capitaine Tonton prend la décision de repartir vers le port.

Soulagement de MMM qui prend la barre aux côtés de Kouign Amann. Fleur de Sel s’allonge à côté de Tata Toinette et s’endort aussi. Petite Gavotte, installée sur mes genoux est toute rose et en profite pour me faire un gros câlin.

Alors que je me targue d’être finalement la seule vraie Bretonne de cette famille vu que je suis la moins sujette au mal de mer (alors que je suis la seule à ne pas avoir une seule goutte de sang breton), je me sens tout à coup vraiment vraiment pas bien. Mon estomac enchaîne les double saltos mais JE REFUSE D’ÊTRE MALADE, JE REFUSE.

Alors, je ne vomis pas. Je suis juste verte (je le sens, ma peau est verte), je regarde à l’horizon aussi fort que je peux durant les deux heures qui nous restent à naviguer. Deux très longues heures mais au moins, tout le monde gère son mal de mer et MMM ne vomit plus.

Nous arrivons enfin au port et là, tout le monde va parfaitement bien. C’est fou comme on oublie instantanément l’horrible sensation du mal de mer quand il s’arrête (oh wait, c’est comme les contractions en fait). Bref, pour nous remettre de nos émotions, nous filons manger une glace et boire une bonne bière même si MMM fantasmait plutôt sur une bonne côte de boeuf (le pauvre homme).

Alors voilà, pardon Capitaine Tonton et Tata Toinette et encore merci, nous les cinq Bretons, nous avons été vaincus par la Méditerranée. Nous n’avons pas été à la hauteur de notre réputation mais promis, nous reviendrons et nous vaincrons !

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19 réflexions au sujet de « Marins d’eau douce »

  1. 1
    Buissé L says:

    Ohlala je compatis ! Croisière en avril pendant 15 jours. Malade sitôt arrivée sur le paquebot. Et deux nuits de mauvais temps ! Bizarrement à la fin je ne sentais plus rien. Mais ça m’a pas empêché de manger comme 4. Et ça ne m’empêchera pas d’en refaire !

  2. 2
    Patricia says:

    Bonjour,
    J’ai le mal de mer, c’est une horreur, même une balançoire ou un hamac me donnent mal au coeur…et pourtant tous les étés on fait du bateau … à moteur, ça va vite, on n’a pas le mal de mer si on regarde où on va. Et puis cette année, on a voulu tester 2 jours en voilier, avec nuit sur le bateau (la foldingue que je suis!!). Eh bien ça s’est très bien passé, j’ai mis un patch de scopolamine derrière l’oreille et je n’ai rien senti. Je me suis dit « ce soir quand tu vas t’allonger sur ta couchette, aie, aie, aie,… », et bien, rien, j’ai bien dormi (enfin ,non, mais c’est à cause de la chaleur). Quel plaisir de profiter du bateau, de la mer, sans redouter le moment où on s’arrête, où on sent le roulis,…A essayer!

  3. 3
    Joëlle says:

    Holala c’est vraiment pas de bol … non mais la méditerranée quoi !! J’ai bien rigolé en tout cas merci (et pardon …) #lemalheurdesunsfaitlebonheurdesautres

  4. 4
    anyo says:

    Pardon mais tu m’as fait rire !
    La photo est superbe. L’Atlantique c’est drôlement mieux pour les bretons

  5. 5
    doublerose says:

    moi méditerranée ou océan : c’est mal de mer assuré!! j’ai même viré au vert lors de ma première sortie en cata avec mon homme… pas le truc hyper romantique 🙂

  6. 6
    Suzanne says:

    Cette histoire me parle, il m’est un peu arrivé la même chose cet été! Une heure de bateau depuis Audierne pour aller à l’ile de Sein, c’est rien du tout : je n’ai jamais eu le mal de mer ET j’ai du sang breton. La forte houle et les vagues de face ont eu raison de mon estomac, après mon beau-père, ma belle-mère et mon neveu, j’ai craqué. Mon chéri aussi. Le mal de mer c’est contagieux!!

  7. 7
    Banane says:

    J’ai du mal avec l’image mental de MMM vomissant puis se baignant au même mouillage…. j’ai parfois 4 ans d’âge mental et les images scato fonctionnent bien à cet âge-là. 🙂
    Le mal des transports c’est vraiment pénible.

  8. 8

    Alala comme j’ai ri!
    Et comme je plains la famille surtout! Moi je souffre vraiment du mal de mer, parfois il me suffit même de mettre le pied sur la passerelle pour me sentir mal.
    Durant les mois que j’ai passé sur l’île d’Ouessant, je limitais les retours à terre au minimum (une fois par mois, et j’ai obligé la moitié de mes amis à venir me rendre visite le reste du temps hahaha) mais je « nourrissait les poissons  » à chaque traversée ! Horrible! Moi qui rêvais de croisière, ça m’a calmé hahaha!

    Sinon, j’ai beaucoup apprécié la formule « remplir la mer », et en tout cas, merci pour ce billet éclat de rire.

  9. 9
    Mag à l'eau says:

    C’est quoi, le mal de mer ?
    Sur la mer, j’ai eu la trouille une fois, mais des nausées jamais. Par contre c’est pas l’horizon que je regarde quand ça tangue, mais les vagues.

  10. 10
    jaimebienquandmeme says:

    Rhooon c’est casse pieds quand ça te tombe dessus comme ça… figure toi qu’il existe des lunettes de soleil avec un truc qui tangue à l’interieur des verres mais qui du coup compense le mouvement naturel sur un bateau. Du coup t’as une ligne fixe et parait que ça marche pas mal.
    Sinon, moi aussi d’habitude jamais malade et puis pouf, une fois sur un immense ferry… incompréhensible.
    Dans votre galère, après un court soulagement au retour, vous auriez pu être pris d’un mal de terre… Ouf là dessus !

  11. 11
    Laetitia-Lilly says:

    Tu as vraiment un don pour l’écriture !
    J’ai eu le sourire et j’ai même rigolé en lisant ton post du jour
    Ça me rappelle une sortie en mer entre copine qui a « mal tourné ».

  12. 12
    annouchka says:

    La mer méditerranée est fourbe ! Il y a deux ans, on a pris une navette pour relier l’Estaque au port de Marseille… Temps de trajet : 30 minutes. L’aller était parfait, une mer d’huile et un magnifique soleil… par contre le retour nous a tous piégés, la mer était déchainée et la moitié du bateau a été malade :/ L’horreur, en plus il était aussi blindé que la métro aux heures de pointe (il s’agissait d’un bateau-navette). Merci encore à ma belle-soeur qui trouvait sympa d’aller au Port en bateau plutôt qu’en voiture… Mais au moins on a évité les bouchons !
    En tout cas, vous avez super bien géré !

  13. 13
    Bénédicte says:

    Oh, pas de bol pour Monsieur Ton Mari quand même !

  14. 14
    Cha says:

    Je n’ai jamais été aussi malade que sur le bateau reliant Bonificia aux îles Lavezzi. Faut pas croire les Bretons, la Méditerranée, c’est pas un grand lac ^_^

  15. 15
    Fanchette says:

    Je crois que même les marins amarinés souffrent du mal de mer. Ça te tombe dessus comme ça pfut…
    Pour en avoir souffert (une fois sur un Ferry pendant 17 h qui dit mieux !) plusieurs fois, je ne me moque jamais des gens malades (Breton, pas Breton, atlantique ou méditerranée !) car c’est vraiment une horrible sensation. C’est pas comme une simple nausée, c’est tout ton corps que est chamboulé.
    Moi aussi c’est plutôt observer la vague d’étrave qui me calme… Et le frais du grand air surtout…

  16. 16
    carine says:

    Je ne sais pas si tu connais les 5 F ? Faim, froid, frousse, fatigue et foif (sic). Il fait éviter ça pour limiter le mal de mer 🙂

  17. 17
    Lucky Sophie says:

    Pas évident la Méditerranée peut avoir un sacré roulis !

  18. 18
    K says:

    Ah la méditerranée et sa houle. Pas si tranquille pas ça !!!! Penser à ne pas avoir faim, froid et essayer de s occuper sur le bateau.
    Expérience de houleux de méditerranée !!!!

  19. 19
    Mzellechachou says:

    Depuis cette année, passé la pointe de port navalo en arrivant dans la « décharge » (entre la pointe de port navalo et le crouesty) c’est dur pour moi. Même dans le golfe, quittant Loc ou arrivant à Port navalo des fois mon estomac à envie que je nourrisse les poissons (mais pareil, je ne veux pas être malade !). Bien sûr pendant ce temps mon père et le/la matelot(e) rigolent à me voir fermer les yeux. Une fille de marin quand même !

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