Sauter une classe

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Kouign Amann est donc désormais un élève de CP, c’est officiel. Il a sauté la grande section ou plutôt, il a fait 2 mois de grande section et est parti vers le CP… La grande aventure pour lui et quelques noeuds au cerveau pour son entourage proche (ses parents mais pas que).

Je le disais déjà ici quand j’ai découvert qu’il savait lire, les sauts de classe, franchement je ne suis pas pour surtout quand les enfants son aussi petits que Kouign Amann.

Pourquoi ? Parce que j’estime que rien ne presse, qu’à la maternelle ils ont encore le droit d’être petits et de jouer, que le rythme de la primaire est quand même exigeant, que les gens que je connais qui ont un an d’avance n’ont pas des situations meilleures que les autres 20 ans après, que cette année peut se payer avec un décalage de mentalité à l’adolescence, qu’être le plus petit de sa classe ça peut se passer sans souci mais pas forcément… Cet avis est complètement subjectif, il est construit de ma propre expérience. En moyenne section, j’avais appris à lire seule, on avait proposé le saut de classe à mes parents qui avaient refusé et ils avaient eu parfaitement raison. Je n’étais pas du tout prête, j’étais trop fragile, ça m’aurait brisée en mille.

Dès la crèche, on nous avait parlé d’une précocité. ça m’avait paniqué parce que je ne voulait pas que mon fils passe par les mêmes choses que moi. Pour avoir été précoce, je sais à quel point ça peut faire mal. Être la plus petite et être la première de la classe en étant terriblement timide (avec des grosses lunettes, des grandes dents et des oreilles décollées), ça peut être lourd à vivre. J’ai projeté à 200%. Nous nous rendions bien compte que Kouign Amann pigeait vite, avait très envie d’apprendre et qu’il y avait un vrai décalage entre sa manière de penser et sa manière de ressentir les choses, ce qui a été parfois très compliqué à vivre au quotidien. Et puis il y a eu l’école où les débuts ont été difficiles mais où finalement tout se passait à merveille. Il s’épanouissait dans sa classe avec ses copines et récemment, quelques copains. Il était bien et pourtant, on le sentait sous pression. Je pensais que c’était parce qu’il ne jouait plus beaucoup en classe car dans notre école, le niveau de la grande section est assez exigeant. Et j’ai compris plus tard. Il voulait plus.

La maîtresse de Kouign Amann m’a appelée pour parler de ce saut de classe juste avant les vacances. Sauter une classe, ça ne voulait pas dire changer d’école puisque notre école va de la petite section au CM2. Mais ça voulait dire vivre au rythme des CP et se séparer des copains qu’il fréquentait depuis 2 ans. A partir de là, nous avons dû MMM et moi penser à ce que l’on évitait soigneusement d’envisager même si on savait que ça viendrait à un moment (parce que c’est tellement bien de faire l’autruche). Nous avons donc beaucoup parlé tous les deux avant d’en parler à Kouign Amann, il fallait que notre décision à nous en faveur du passage soit prise car sinon, ce n’était pas la peine de lui en parler. En plus de l’avis de ses maîtresses (il en a 2 différentes) et de l’enseignant spécialisé qui l’a rencontré à l’école, nous avons pris d’autres avis autour de nous et demandé à ses grands-parents qui le connaissent bien ce qu’ils en pensaient. Nous avons demandé aux personnes qui ont sauté une classe ce qu’elle en avait pensé, j’ai même demandé des avis sur Twitter.

Si les opinions de nos proches ont été intéressantes dans notre prise de décision, les témoignages m’ont fait comprendre que l’histoire de mon fils était la sienne et qu’elle ne ressemblait à aucune autre. Nous ne pouvions pas nous baser sur les expériences d’autres personnes pour prendre cette décision. Après mûre réflexion et une enquête de terrain (j’ai joué l’inspecteur Gadget pour savoir comment était la classe de CP : sympa ou pas) et nous avons décidé qu’il était dans son intérêt de sauter une classe. Parce qu’il se bridait, parce que sa curiosité et son envie d’apprendre méritaient ce changement, parce qu’il avait bien grandi ces derniers temps et qu’on le sentait encore petit mais prêt, parce qu’il resterait dans la même école, parce que ses copines continueraient à venir jouer à la maison, parce que c’était tellement logique… Parce que nous étions ses parents et que ça nous semblait évident à ce moment-là. Sauf que Kouign Amann a catégoriquement refusé. Et toc. Il ne voulait pas quitter ses copains. End of the story. Ce qui est complètement compréhensible.

Nous sommes également retournés voir la psychologue pour qu’elle en discute avec lui et qu’elle lui fasse un bilan même s’il refusait ce passage. Elle nous avait déjà parlé de précocité au printemps mais sans qu’il faille vraiment faire un bilan. C’était l’occasion.

Lors de ce bilan (auquel nous n’avons pas assisté), Kouign Amann s’est éclaté apparemment. La psychologue nous a raconté comment il prenait plaisir à réfléchir, à pousser très loin la logique, à choisir les bons mots. Elle nous a également dit qu’il s’ennuyait quand c’était trop facile, ce que redoutait également sa maîtresse pour le futur. Pourtant, il n’a pas voulu en démordre, le CP n’était pas une option pour lui.

Au retour des vacances, nous avons discuté avec la maîtresse et nous avons retenu l’option de la demi-journée d’essai en CP. Juste pour voir. Pour qu’il puisse goûter avant de dire « non merci ». Entre-temps pendant les vacances, Kouign Amann avait pu discuter avec ses deux tontons qui ont sauté des classes, avec Mamyvonne, avec Papet et Dom et il a envisagé cette possibilité autrement car tout le monde trouvait que c’était sa place et qu’il ferait un super élève de CP. Il a donc accepté cette matinée de test la semaine passée. Et la matinée s’est transformée en journée complète tellement ça lui a plu.

Le soir, quand je l’ai récupéré à la garderie, il m’a dit que le CP c’était génial. Oui mais c’est pas trop dur de rester assis toute la journée ? « Ben non parce que la journée passe beaucoup plus vite en CP ». Là, j’ai compris que notre fils s’ennuyait vraiment. Et il nous a dit qu’il voulait aller en CP. Il a pris sa décision en connaissance de cause. Il a été acteur de ce changement et c’est le plus important.

Il a fait sa première journée officielle en CP aujourd’hui et ses devoirs de lecture n’ont été qu’une formalité. Il est fier, à sa place. Pour le moment, MMM et moi sommes d’accord. C’était la meilleure décision à prendre à l’heure actuelle pour notre fils dans les conditions proposées par l’école. Nous verrons d’ici quelques années si cette décision a des conséquences négatives, s’il souffre d’être le plus petit, s’il est en décalage avec les autres. Si oui, nous serons à ses côtés pour l’épauler et l’aider à continuer à avancer quoi qu’il arrive.

PS : Je voulais aussi vous toucher un mot des réactions qui entourent ce genre de décisions ou qui découlent quand on parle de précocité. ça gratte. Votre enfant est un peu en avance, tout le monde trouve ça fabuleux et pourtant, les réflexions maladroites s’accumulent. Comme si on avait besoin de nous faire comprendre que notre enfant n’est pas si exceptionnel que ça (personnellement, mes gosses pourraient redoubler, je les trouverais toujours aussi exceptionnels), comme s’il fallait absolument minimiser les choses. Pas par méchanceté non, mais c’est comme si le fait que notre fils soit précoce enlève quelque chose aux autres enfants. Ouf, ça n’a pas été la majorité des réactions et loin de là mais j’ai parfois eu l’impression d’être à un concours où on voulait me montrer que les autres enfants valaient autant que le mien. Ce dont personnellement, je ne doute pas. Mon fils est précoce et si j’ai longtemps voulu faire comme si de rien n’était pour éviter ce genre de réactions, ça n’est pas ça qui en fera un enfant puis un adulte heureux. Mais c’est peut-être ce qu’il réussira à sortir de positif de ses particularités, avec l’aide de son entourage, je l’espère. Et c’est mon but dans la vie : armer mes enfants pour qu’ils soient le plus heureux possible.

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142 réflexions au sujet de « Sauter une classe »

  1. 101
    mounib says:

    Bonsoir
    Je suis maman d’un enfant précoce, il est en ce1, il a 7 ans, il a fait sa gs jusque decembre ensuite il est est allé en cp.
    Il est très curieux, intéresse par plein de choses.
    Sa maîtresse a accepté qu’il suive les cours de maths avec les ce2 mais ne veut pas qu’il intègre le ce2 a temps complet prétextant qu’il ne peut pas sauter de classe deux fois dans le même cycle…..

    J’ai besoin de vos expériences et arguments pour convaincre la maîtresse et la directrice de l’établissement pour les convaincre de laisser mon fils de suivre les cours de ce2 à plein temps (en sachant qu’il ne changera ni de classe ni de camarades = donc pas de changements émotionnel pour mon fils)

    Il sait déjà faire le programme des ce1 depuis longtemps, il s’ennuie et du coup il fait les choses lentement de peur de s’ennuyer encore plus. Il a adopté cette stratégie pour éviter de s’ennuyer. Il écoute en même temps ce que fait la maîtresse avec les ce2, et en rentrant à la maison il me pose des questions et me demande de lui expliquer ou lui faire faire des exo ce ce qu’il a compris ou pas compris sur le programme de ce2.

    Comme la demande vient de nous parents, j’ai l’impression que l’ecole le prend mal et essaie par tous les moyens de trouver des incompétences à mon fils.
    Je n’arrête pas de leur dire qu’un enfant précoce ne peut pas être performant dans tous les domaines!!!

    On lui reproche de ne pas être imaginaire, de ne pas faire des textes avec des dragons avec des capes….. Lui il préfère faire des textes sur le virus ébola, sur napoléon, sur les stratégies du foot…. il est terre à terre.

    Je sais que l’imaginaire est très important mais je ne peut pas forcer mon fils a en avoir….. Enfin c’est mon avis.

    Merci de m’apporter vos lumières, vos arguments pour convaincre la maîtresse et la directrice que le passage en ce2 serait un bien pour mon fils qui est en perpétuelle quête de connaissances et de curiosité

  2. 102
    Thiara says:

    Bonjour, j’ai 14ans aujourd’hui ma prof de français m’a dit qu’elle pensait que j’était une enfant précoce. Je n’y crois pas mais j’ai fait des recherches et j’ai des certaines similarité avec les EPI. Comment savoir si je suis une enfant intellectuellement précoce ? Y a t’il des test ?
    Merci d’avance

  3. 103
    thouvenin says:

    Bjr, je souhaiterais connaitre l’évolution de ce saut de classe? Comment votre fils a t-il réagi les années suivantes? Notre fils a sauté une classe et maintient un bon niveau de facilité encore aujourd’hui. La maitresse nous met en garde car il semble se reposer sur ses acquis et abaisser les efforts. Comment lui apprendre à forcer un peu pour ne pas qu’il s’essouffle lorsque la vraie difficulté se présentera à lui. Il est en ce1 actuellement. Merci beaucoup.

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