Lis ma vie

L’Iron Man de la mère de famille #3

photo-8.JPGPreviously on Marjoliemaman : Episode 1Episode 2.

Désolée pour le retard mais voilà enfin le dernier opus de mon épopée neigeuse. 

Dans le dernier épisode, vous m’aviez donc abandonnée toute seule dans la neige en train de porter la poussette de Kouign Amann avec Fleur de Sel dans le porte-bébé. Je suis déjà au bord du gouffre et pourtant, il me reste tout le chemin du retour à effectuer. Je m’engage dans un longue ruelle. Personne dehors, pas un bruit de voiture, pas un piéton. J’ai l’impression d’évoluer dans un paysage post-apocalyptique. Si ça se trouve, je suis la dernière femme sur terre ? En tout cas, je suis la seule à promener ses enfants by night in the snow. Les trottoirs étant impraticables, je me rabats sur la route où la neige est un peu déblayée. J’ai dit un peu, faut pas rêver. Je pousse Kouign Amann en peinant terriblement car le chemin est en pente douce. En montée, évidemment. Pour tromper ma fatigue, je discute avec Kouign Amann qui me dit soudain : « arrête-toi maman ! ». Mais pourquoi, mon coeur ? « Si on attend, la neige, elle va fondre ! », ben ouais, logique. Sauf qu’on va devoir attendre un peu trop longtemps mon amour. 

Heureusement que mon fils a ce don d’inventer des trucs qui me font marrer parce qu’à ce stade de l’histoire, je suis complètement abattue. J’avance vraiment doucement et chaque mètre me coûte une énergie folle que je n’ai plus. ça glisse beaucoup mais la poussette me sert de déambulateur et m’évite de partir en grand écart toutes les 10 secondes. La chaussée n’est pas idéale mais au moins je roule. Sauf que finalement, des voitures décident de venir rouler à 2 à l’heure et je suis obligée de porter à nouveau la poussette pour me mettre sur le trottoir où je n’arrive à avancer qu’au prix d’efforts colossaux et de cris de bêtes destinés à m’aider à trouver de l’énergie. Je demande à Kouign Amann de me chanter des chansons pour m’encourager pendant que Fleur de Sel est tranquille dans le porte-bébé. Kouign Amann me chante « Thomas le train » et l’alphabet « a b c d e n g h i j k m m m o p q r n p u b w x y et zel ». Y’a de l’idée… Je me traîne lamentablement, mon équipage étonne les quelques Banlieue-sur-Marnais qui déneigent devant chez eux. Une femme m’interpelle en me disant « Mais pourquoi les sortez-vous par ce temps-là ? ». Ben, j’avais envie de leur faire prendre l’air et je voulais voir au bout de combien de minutes ils allaient devenir bleus. Comme si j’avais le choix, madame ! Sa question est si déplacée que je pars dans un petit rire nerveux. Je parviens à lui dire que je n’ai pas voulu les laisser passer la nuit à la crèche et elle ouvre de grands yeux montrant la soudaine illumination de son cerveau mal irrigué par le froid. S’il fait froid justement, moi, je ne sens rien. Je suis en chaleur, je n’en  peux plus et je me demande même pourquoi j’ai acheté une doudoune aussi chaude.

Je suis à mi-chemin, je m’arrête. Quand je dis je m’arrête, comprenez, je m’arrête 5 bonnes minutes parce que je passe mon temps à m’arrêter depuis le début. Kouign Amann me demande ce qu’il se passe. Je suis fatiguée mon loup, fatiguée. « On n’a qu’à appeler les rennes du Père Noël, ils vont venir nous chercher ». Ce gosse peut me faire les pires crises du monde parfois, il sait aussi me remonter le moral mieux que personne dans les moments où je patauge dans les galères. 

J’entame la partie la plus difficile du chemin retour. Une petite rue qui déjà à l’aller n’était pas déblayée du tout. Mais c’est ça ou un descente très très pentue et casse-gueule déjà en temps normal. Je me rends vite à l’évidence, je ne peux avancer. Je pousse des petits grognements pour me donner du coeur à l’ouvrage mais ça ne fonctionne pas. J’ai beau bourriner (et ceux qui me connaissent en vrai savent que je bourrine mieux que personne (Cawo, si tu me lis, je sais que tu penses « Marjo, sois douce »), c’est trop difficile. Punaise, je me sais un peu plus résistante que la moyenne au niveau physique mais là, je bloque, je suis cramée.  J’ai envie de pleurer très fort, de m’assoir et d’appeler MMM pour me faire plaindre. Sauf que je ne suis pas toute seule dans cette galère et qu’il faut bien que je ramène mes enfants chez nous. Je songe à faire marcher Kouign Amann mais la neige est trop profonde et trop collante pour ses petites jambes. Au secours, au secours, au secours. Quand on a plus de bras, faut avoir un cerveau. Je me souviens alors que sur la plage, on fait rouler la poussette en marche arrière pour ne pas l’enliser. Je mets donc Kouign Amann dos à la route et je tire la poussette un peu comme un boeuf tire une charrette. Ouais, rigolez, vous pouvez mais ça a marché mon truc. Kouign Amann allongé est tout heureux, il regarde la neige dans les arbres et me raconte des histoires de Père Noël. Je me promets de lui ouvrir deux fenêtres du calendrier de l’Avent Kinder pour la peine. Fleur de Sel est toujours aussi sage. Je me félicite de savoir faire des enfants qui ne pèsent rien, on peut les porter plus longtemps. Le petit souci final est que l’arrivée à la maison se fait en pente descendante sur bien 200m et que je manque de me refaire le coccyx une bonne demi-douzaine de fois. 

19h01 : je gare la poussette en bas de l’escalier, Kouign Amann ne me demande même pas de la porter dans l’escalier et nous poussons enfin la porte de notre appartement. Tu sais mon fils, ta mère, c’est un héroïne, que je dis à Kouign Amann pour me féliciter. « Maman, t’es une hé-ro-ïne » qu’il me dit en se marrant. 

Moi, je suis OK pour faire des marathons de la mère de famille tous les jours mais l’Iron Man, c’est trop dur. J’ai eu deux jours de courbatures jambes/bras/cou et je compte désormais investir dans un chasse-neige quand on remplacera le break. 

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